








Centre d’exposition de Val-David – Centre culturel du Vieux-Gatineau/ Espace Pierre Debain – Galerie les 3 C-
« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches » Paul Verlaine « Green » du recueil « Romances sans paroles »
Lorsque le visiteur entre dans la salle d’exposition où sont exposées les œuvres récentes de Marie-Andrée Côté, il peut croire qu’il a pénétré dans un centre d’interprétation de la nature. Mais, il s’agit, en l’occurrence, d’interprétation artistique.
En effet, graines, herbes, feuilles, pétales, racines, transposés en céramique et en images numériques, échangent avec le regardant un dialogue en art actuel. Les graines enfilées forment un Collier qui pourrait parer le cou de la Terre-Mère, la déesse Démèter, honorée par les Grecs dans l’antiquité. La recherche formelle, toujours présente dans l’œuvre de l’artiste, apporte un plaisir esthétique sûr en jouant sur les contrastes. Ainsi, dans Le chemin des herbes, les herbes de céramique flottent avec légèreté sur une vaste surface de métal froid posée sur des supports en bois naturel. Des herbes véritables sortent de l’un des plateaux de l’installation L’eau à portée de main. Elles semblent avoir quitté l’œil bleu de l’étang dans lequel elles poussaient pour se matérialiser sous les yeux des spectateurs. Quant aux plateaux bleus, eux aussi, comme l’eau dans laquelle le ciel se reflète, ils invitent les habitants de la terre que nous sommes à considérer comme un liquide précieux l’eau que nous avons encore maintenant à portée de main. Le mouvement, on le sait, manifeste la vie. Or, pour Marie-Andrée Côté, la nature est animée. La Chute de feuilles suggère une cascade végétale agitée part le vent. Ailleurs, ce sont des graines qui ont été balayées par une Rafale et se sont amassées dans un coin. En réunissant deux images numériques, l’artiste invente la forme d’un pétale. Puis elle modèle patiemment, un à un, un grand nombre de Pétales recomposés avec lesquels elle crée une grande pivoine fictive largement ouverte. Mais, Marie-Andrée Côté va au-delà du réel que l’on voit à l’œil nu, et même de celui que capte la macrophotographie, jusqu’à l’origine de la vie contenue dans les cellules que seul le microscope peut révéler. Le cercle des Cellules blanches invite à méditer sur le cycle de la vie que les dommages causés par l’être humain à son environnement mettent en péril.
Car, c’est, en quelque sorte, un hymne à la terre que chante cette exposition. Il en exalte la beauté et s’alarme de sa fragilité. Tout visiteur attentif peut l’entendre s’il se penche assez près de L’ombilic de la terre, cette racine bleue comme la planète terre – la seule planète sur laquelle nous pouvons vivre – qui sort en ondulant d’une céramique blanche craquelée comme une terre desséchée.
Françoise Belu – Historienne de l’art

